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11 novembre 1940, Henry Le Deuff, lycéen, participe au premier fait de résistance de la guerre

samedi 13 novembre 2010, par Bruno Gerelli

Henry Le Deuff

Les habitués des vernissages Claixois connaissent bien Henry Le Deuff, non seulement il a déjà exposé à la mairie mais c’est également un fidèle des manifestations municipales où sa faconde n’a d’égale que sa bonne humeur.

Ce jeudi 11 novembre 2010, après la commémoration de l’Armistice, il a reçu, avec d’autres récipiendaires, le diplôme d’honneur des Combattants de l’Armée Française.

Diplôme aux Combattants de l’Armée Française 1939 - 1945

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Ce que l’on sait moins c’est qu’il a participé, avec quelques camarades lycéens, il y a tout juste 70 ans, au premier fait de résistance à l’occupation allemande en se rendant à la célébration interdite de la commémoration de l’armistice de la guerre de 14 – 18, le 11 novembre 1940. Je vous propose de découvrir cette aventure en 2 temps : l’histoire racontée par les historiens et la même histoire racontée par celui qui l’a vécue : Henry Le Deuff.

L’histoire racontée par les historiens : le 11 novembre au matin, sur les Champs-Elysées, les membres du groupe du Musée de l’Homme fleurissent la statue de Georges Clémenceau. L’après-midi, par petit groupes, en chantant la Marseillaise, en criant "vive de Gaulle", ou en lançant des slogans hostiles à l’occupation et à Pétain, ce sont des milliers de jeunes qui montent à l’Étoile ce 11 novembre 1940. Appuyant la police française, les troupes allemandes chargent. La répression y est violente et l’on dénombre plus de cent arrestations. L’Université est fermée, le recteur Roussy est révoqué. Les responsables des organisations étudiantes sont convoqués par le directeur de l’institut allemand, menaçant l’œuvre de collaboration avec Pétain. A Rouen, à Dijon, à Nantes, à Compiègne, des manifestations de jeunes font aussi sensation. Toute la journée des grèves paralysent les bassins miniers du Nord-Pas-de-Calais. Enfin, coïncidence symbolique, Jean Moulin est révoqué le 11 novembre 1940.

Cette photographie est prise au croisement des avenues Georges V et des Champs-Elysées. Ce sont les étudiants de l’Institut agronomique qui défilent, avec à leur tête le président de la promotion. La photographie est la seule connue à ce jour de cette manifestation. Elle a été retrouvée en 1996 par Henri Nicolo, élève de la promotion 1938. (Source : http://lythosav.edres74.ac-grenoble.fr/cnrd2003/man11no.htm).

L’histoire vécue par Henry Le Deuff : "les allemands avaient donné l’ordre vis à vis de la faculté d’interdire toute manifestation de la commémoration de la guerre de 14 – 18. La rumeur, chez les lycéens, disait, envers et contre tous : nous ne sommes pas comme nos parents et nous refusons d’obéir à l’occupant.

Nous sommes donc partis à trois vers les Champs-Élysées depuis le Lycée Buffon, aux alentours de 16 heures. Métro Georges V, nous nous sommes aperçus qu’il y avait tout un trottoir des Champs qui avait été dégagé et nous envisagions comme l’ensemble des jeunes qui étaient là de monter vers l’Étoile.

Nous avons subi une charge des allemands de la Wehrmacht et nous nous sommes enfilés par une petite rue latérale pour ressortir par une galerie marchande sur les Champs-Élysées.

C’est à ce moment là que nous nous sommes fait prendre par les soldats qui nous ont embarqués dans une camionnette jusqu’à l’Hôtel Continental rue de Rivoli. Nous y avons subi un simple interrogatoire d’identité et avons été embarqués dans un car de police française et nous nous sommes retrouvés à la prison de la Santé où nous avons été répartis dans des cellules, individuellement, mis au secret.

Plaque commémorative à la Prison de la Santé

Ma mère et une de mes sœurs ont fait le tour des commissariats de police toute la nuit pour me chercher. Sans résultat. Ce n’est qu’au bout de plusieurs jours que mon père, avec ses relations dans la Police, a pu recevoir un coup de téléphone lui disant simplement : « ne vous inquiétez pas, votre fils est en bonne santé ».

Il va de soi que nous avions la possibilité de communiquer entre nous par le tube des water. Les rumeurs les plus folles circulaient !

C’est par la suite que ma mère a pris contact avec le curé de sa Paroisse pour savoir s’il n’avait pas la possibilité de connaître l’aumônier de la prison pour prendre de mes nouvelles. Lorsque j’ai vu arriver le prêtre dans ma cellule j’ai eu un moment d’émotion ! Mais tout de suite j’ai été rassuré sur le rôle de l’aumônier vis à vis de mes parents.

Finalement nous avons été relâchés, à tour de rôle, pour Noël. Ayant été expulsé du Lycée Buffon pour absence injustifiée ( !) et étant interdit de quitter Paris car je me trouvais en résidence surveillée, j’ai appris que, en allant voir les gendarmes à Neuilly-sur-Seine, je pouvais prendre « théoriquement » un engagement pour l’Afrique du Nord, partant de quoi j’ai obtenu tous les papiers nécessaires pour me rendre à Mâcon.

A Mâcon, au Régiment de Dragons on m’a demandé si c’était vrai que je voulais partir en Afrique du Nord et, n’ayant pas encore de métier et plus de point de chute, j’ai passé le conseil de révision et embarqué pour le Maroc.

En fait j’ai été affecté dans un premier temps dans une unité dite « camouflée » au 4ème Spahi Marocain. Partant de quoi, les classes terminées avec d’autres jeunes métropolitains comme moi, nous avons été mutés au 1er Chasseur d’Afrique dans un peloton spécial (toujours camouflé) en dehors de la caserne en tant mitrailleur de 20mm DCA. Nous avions une mitrailleuse pour nous entraîner et chaque mois, je me rendais, en civil, au Palais du sultan du Maroc pour vérifier l’état des 12 mitrailleuses qui s’y trouvaient.

Mon baptême du feu a eu lieu le 10 novembre 1942, de nuit, et m’a valu ma première Croix de Guerre : « …a exécuté un tir nourri mettant un coup au but sur des avions adverses qui mitraillaient sa pièce ». Nous avons compris plus tard qu’il s’agissait d’un avion américain qui préparait le débarquement américain en Afrique du Nord.

J’ai ensuite combattu en Tunisie pour empêcher l’Afrika Korps de pénétrer en Algérie.

Après la campagne de Tunisie, lorsque le Général de Lattre de Tassigny a passé en revue les troupes de l’école des cadres d’Alger où l’on m’avait envoyé, il m’a posé la question : « tu as déjà 2 croix de guerre, où les as-tu eues ? ». J’ai répondu : « la première contre les Américains, la deuxième contre les Allemands ». « C’est bien ! » m’a-t-il répondu.

Partant de quoi, lors de notre retour au Maroc nous avons été équipés de chars d’assaut et moi-même, passé de simple soldat à Chef de char. Après avoir débarqué en Provence, j’ai fait toute la campagne de France jusqu’à Colmar et traversé le Rhin jusqu’à la frontière Suisse."

La vie d’Henry Le Deuff ne fait que commencer... mais c’est lui qui pourra vous raconter la suite lorsque vous le rencontrerez à Claix !

Portfolio

Messages

  • Souvent les témoignages de nos anciens se perdent au fil du temps et s’effacent de la mémoire. Voilà ce précieux témoignage vécu qui désormais fait partie de l’Histoire car trancrit. Ce document a désormais peu de chances de se perdre.
    Un grand coup de chapeau à Mr Henri Le Deuff que j’apprécie toujours pour son dynamisme et sa rayonnante sympathie

  • J’adore quand tu mets en avant ainsi un claixois On découvre des personnalités que l’on a sans doute cotoyées sans connaître leur histoire ou leur talent

    Voir en ligne : http://sohiedelamarsa.canalblog.com/