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Un écrivain mort à la guerre

vendredi 14 novembre 2008, par Bruno Gerelli

Il y a 2 ans, je vous ai fait découvrir une lettre que Jean Rival (Oncle de Jean-Claude Jean Rival, Claixois bien connu) envoyait à Jeanne sa fiancée la veille de sa mort au front en 1915

Aujourd’hui, j’ai extrait quelques lignes de l’anthologie des écrivains morts à la guerre pour vous faire découvrir l’histoire de Jean Rival, cet écrivain mort prématurément.

Jean Rival était né à Grenoble le 6 septembre 1895. Il fit ses études au lycée de Saint-Etienne, puis au lycée de Grenoble. Son goût pour les lettres se manifesta de bonne heure. A quinze ans, il écrivait déjà. Cela s’intitulait Les Adieux de l’Aviateur :

Adieu, je vais partir...

....................................................................................

Adieu mes chers parents ! Oui, je comprends vos larmes.

Je vous quitte à vingt ans ; peut-être pour toujours !

Mais du danger vaincu vous ignorez les charmes.

Moi je veux les goûter...

....................................................................................

Petit village, adieux !...

Et sur ce sanglot, le cri du sacrifice joyeusement consenti :

Dans mes voyages si la mort vient me frapper,

Si le vent vient briser l’oiseau qui plane, immense,

Sachez qu’avant de voir mon âme s’échapper,

J’aurai déjà crié : " Vive toujours la France ! "

Après son baccalauréat, il alla à Paris et entra à Louis-le-Grand où il tint souvent la tête d’une classe d’élite. Il préparait le concours de l’Ecole Normale supérieure (section lettres) quand la guerre éclata. C’en était fait des études : Jean Rival s’engagea au 14è bataillon de chasseurs alpins —il avait bien choisi ! — afin de pouvoir, comme il disait aux siens " servir mieux et plus son pays ". Il gagna vite le galon d’aspirant. Le front des Vosges le vit arriver en mars 1915.

C’est dans les tranchées du col du Bonhomme et de la Tête de Faux que l’aspirant Jean Rival déploya les trésors de son activité. Ce fut là qu’il vécut vraiment la guerre, pensa, sans jamais trembler, à la mort possible, et écrivit les admirables lettres que Maurice Barrès signala dans Les diverses familles spirituelles de la France (pages 90, 218, 238).

Vers le 15 juillet 1915, le 14è bataillon de chasseurs alpins fut désigné pour l’attaque du Linge. Après une pénible marche de nuit, sous la pluie, les troupes prirent position. L’attaque fut déclenchée le 20 juillet 1915. L’organisation formidable des Allemands, habilement dissimulée dans l’épaisse forêt, avait échappé en partie à l’action de notre artillerie. Les premières compagnies d’assaut tombèrent sous le tir d’un nid de mitrailleuses. Ce fut une fournaise, un enfer... La forêt du Linge, avec ses moignons d’arbres, témoignera longtemps encore de l’horreur de cette journée.

L’aspirant Jean Rival tomba à deux heures de l’après-midi, frappé d’une balle dans la tête, au moment où il entraînait sa compagnie à l’attaque.

Jean Rival fut tout d’abord inhumé non loin de l’endroit où il était tombé. Sa glorieuse dépouille repose maintenant sous une des innombrables croix du cimetière de Wétestein.

Quelques extraits de ses lettres

Je sens en moi une telle intensité de vie, un tel besoin d’aimer et d’être aimé, de me répandre, d’admirer, de respirer en plein air, que je ne peux croire que la mort puisse me toucher. Néanmoins, je me rends bien compte que notre rôle de chef de section est extrêmement périlleux : conduire des hommes au combat, c’est se désigner aux coups.
Beaucoup sont tombés, beaucoup tomberont encore ; je viens d’apprendre la mort de plusieurs de mes camarades arrivés récemment sur le front comme aspirants. Si cela m’arrivait, je compte sur vous, ma chère J..., pour consoler mes parents. Vous leur diriez que je suis mort, face à l’ennemi, protégeant la France de ma poitrine, et que ce n’est pas en vain qu’ils m’ont élevé jusqu’à vingt ans, puisqu’ils ont donné un défenseur à la France. Dites-leur bien que mon sang n’a pas été répandu inutilement, et que ces nombreux et douloureux sacrifices de vies individuelles sauveront la vie de la France.

Si dans son ensemble il existe ici un esprit sain et noble, il est tout autre que celui de l’arrière et des dépôts : un esprit fait d’inconscience et de fatalisme chez les uns, de grave courage chez les autres, chez quelques-uns enfin de froide résignation. Tous les soldats sont loin d’être des héros, bien peu même le sont. Les journaux, avec leurs anecdotes ridicules et théâtrales, font croire que tous nos poilus sont uniquement préoccupés de bien remplir leur devoir envers la patrie. Il n’en est rien, et ça été une grande surprise pour moi de constater que soldats et chefs ne sont pas toujours unis dans une seule et même pensée, celle de la victoire ; de constater que notre action doit s’exercer sur la mentalité de nos hommes pour les convaincre tout d’abord de la grandeur de la tâche à accomplir. Ce n’est pas, croyez-moi, du jour au lendemain que l’on arrive à persuader ces lourds paysans regrettant leurs bœufs, ou ces ouvriers gouailleurs qui ont toujours à la bouche l’argot du faubourg.

J’ai de plus en plus l’impression que cette guerre n’est pas, comme on le répète trop souvent, une guerre nationale : c’est une guerre faite par l’élite de la nation à l’aide de la nation tout entière. J’ai toujours cru, pour moi, à la nécessité d’une élite, mais d’une élite vraiment digne de ce nom, pénétrée de ses devoirs, agissante et éducatrice de la masse. Cette élite en ce moment est tenace, vaillante : elle conduit la guerre et saura la mener à bonne fin, car les masses sont, en définitive, endurantes, patientes, susceptibles d’être noblement excitées et lancées au combat. L’officier a dans la main un outil solide. S’il est lui-même un bon ouvrier, c’est-à-dire s’il aime passionnément sa profession et son pays, soyez persuadés qu’il fera une œuvre d’art.

Messages

  • Très émouvant. Qui peut dire ce qu’il serait devenu s’il n’était pas mort à la guerre. Il avait tellement d’atouts en lui !

    Voir en ligne : http://www.tunis-accueil.com/lesmar...

  • Je suis le fils de l’un des neveux de jean Rival , je suis heureux que vous lui rendiez honneur ,et je tiens à votre disposition de nombreux documents , lettres du front photos etc..
    j’ajoute que son nom est gravé sur l’un des piliers du pantheon à Paris ainsi que sur les plaques commemoratives des Lyçees Louis le grand à Paris et Champolion de Grenoble tout comme sur le monument aux morts de saint Quentin sur Isere dont la famille est originaire .
    Sa date exacte de naissance est le 6 decembre 1895 .
    Enfin le texte du poeme l’aviateur ecrit le 18 juillet 1911 est assez different de celui que vous indiquez ,il comporte, en effet, 20 alexandrins organises en 5 strophes .
    Je vous remercie à nouveaux de l’interet que vous portez à Jean Rival , son engagement et son oeuvre .